Un porteur de projet africain a-t-il le droit de ne pas avoir de business model?

Si vous êtes inscrits sur un réseau social, vous avez forcement vu une des nombreuses citations qui n’ont pas toujours de sens, mais qui donne l’impression à celui qui les met en statut qu’il est plus futé qu’il ne l’est réellement? Et bien ce matin un tweet de Loic LEMEUR dans le même esprit a réussi à me mettre en émoi:

« you can’t focus on profits and revenues and make great products. They are the result of making great products » Tim Cook. En français pour ceux qui ne parlent pas la langue de Shakespeare ça veut dire: « Vous ne pouvez pas vous concentrer sur les profits et les revenus et réussir à faire un produit génial. Les revenus sont le résultat d’un produit génial et pas l’inverse« .

Le message est brillant de simplicité, mais est-il applicable au marché africain? A-t-on le « droit » en Afrique, de penser à autres choses qu’à faire des bénéfices lorsque l’on se lance dans un projet?

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Il est difficilement discutable que LA success story de  l’internet Africain c’est Ushahidi, Une plate-forme participative de géolocalisation d’un évènement critique, où chacun peut témoigner de ce qui se passe: catastrophes, scènes de guerre civile, violences…

Une des membres de l’équipe qui aujourd’hui a rejoint l’équipe de Google Afrique, Ory OKOLLOH, est une graduée de HARVARD. Ayant fini ses études, bien que n’étant pas issue d’une famille aisée, elle  laisse passer des offres d’emploi avec des salaires très conséquents pour rentrer au Kenya et lancer la StartUp qui aujourd’hui a permis de sauver des milliers, sinon des millions de vies. Il est ici évident que Ory (je lui ai fait la bise, je l’appel par son prénom, sue me) a suivi le conseil de M. COOK et s’est lancée dans un projet à but non lucratif étant convaincue de la viabilité de son projet.
Le business model d’une plateforme aussi révolutionnaire que Ushahidi dans un environnement aussi hostile à l’innovation que l’Afrique du début des années 2000 aurait été dur à défendre même devant des Venture Capitalistes des Emirats, mais il apparaît aujourd’hui évident que le jeu en valait la chandelle.

Comme dans le domaine du Football, pour chaque Didier DROGBA, il y a également 200 000 joueurs qui n’ont pas connu la joie de signer un contrat professionnel.  Dans un environnement où Le pourcentage  de start-ups africaines qui sont passées de projets, à entreprises à revenus, est encore très faible et le système des retraites, des assurances maladies, des assurances vie, des prises en charge médicales… est souvent encore très rudimentaire, peut-on en vouloir à des entrepreneurs de se focaliser entièrement sur des projets qui ont des business modèles clairs au sacrifice de la créativité et du risque qui vont de pair avec les projets au potentiel réellement susceptible de faire une différence?

Lors des interviews que nous donnons aux startups qui nous paraissent intéressantes, lorsque nous posons la question ‘Quelles sont les difficultés que vous rencontrez dans l’évolution de votre projet ?’ la réponse est presque toujours la même :’On a beaucoup de difficultés à avoir accès a des financements ‘ ‘les banques ne prêtent pas aux entreprises qui ont vraiment besoin d’argent ‘… En somme, il est difficile demander à un entrepreneur d’être créatif s’il a faim.
Les entrepreneurs africains ont trop souvent pour soucis d’arriver à payer leurs loyers pour avoir la latitude de se permettre de se lancer dans des projets dans lesquels ils placent de l’espoir. Il est quasiment toujours nécessaire d’avoir un emploi qui permet de subvenir à des basic needs pour ensuite utiliser les quelques minutes qui restent de la journée à se focaliser sur un projet que l’on trouve porteur.
Partant de ce constat, les entrepreneurs qui choisissent de faire de ‘gagner de l’argent’ leur objectif premier sont éminemment « excusables ».

Des incubateurs et des espaces de co-working naissent ci et là en Afrique et permettent de créer un écosystème favorable à l’essor des projets dans le continent mais c’est encore très insuffisant quant au nombre de jeunes universitaires, ou chômeurs qui ont des projets qui, ils en sont sûrs, avec les moyens qu’il faut, leurs permettraient de lancer le prochain Facebook.

Vous êtes-vous lancé dans l’entrepreneuriat sans avoir les moyens de subvenir à vos besoins basiques ? Pensez-vous qu’il est possible en Afrique de le faire ?

Participez au débat sur les réseaux sociaux…


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