Apple : Une réussite qui interpelle l’Afrique

Lu sur www.afriqueexpansion.com

On sait maintenant à peu près, sinon tout ce qu’il a fallu à Steve Jobs pour arriver à initier un projet qui aura pris les dimensions que l’on sait. Seulement, au-delà de la réussite de cette entreprise, il a surtout fallu le cran de quelques aventuriers de la finance pour y croire. Ce genre de succès appartient un peu trop souvent aux États-Unis d’Amérique. Toutefois, les entrepreneurs africains peuvent-ils arriver à ce type de réussite ? Avec quels moyens ?

Dans le milieu politico-financier et industriel, l’excellence est désormais associée non seulement à l’accumulation des richesses mais d’abord à l’innovation. Les quelques gens d’affaires africains qui font le « buzz » sur la planète économique appartiennent malheureusement, pour une grande part, à l’entreprise traditionnelle. Dans ce secteur, les investisseurs placent leurs fonds dans des secteurs immédiatement rentables. Ainsi, les travaux publics, les transports, l’immobilier, et le commerce de gros sont généralement leurs champs de bataille. Qui le leur reprochera ? Les risques pris dans les affaires en Afrique se doivent encore d’être très calculés en raison de tout un environnement qui dessert et effraie la communauté des affaires. Il est vrai que depuis quelques années les choses évoluent mais les investisseurs qui se risquent sur le continent escomptent encore des bénéfices à court et moyen terme.

Combien de Steve Jobs nichent dans les régions rurales d’Afrique ou sur les bancs d’écoles et autres universités du continent ? Combien d’Apple en puissance sont créées chaque année dans l’espoir d’atteindre les mêmes sommets que l’entreprise du défunt créateur américain ? Certainement plusieurs, mais il leur manque cependant ce coup de pouce, ce dernier coup de rein qui propulse et permet de tutoyer la gloire.

Les « business angels » et les mécènes ne courent pas les rues de Lagos, Rabat ou Bamako. On ne trouve pas de banquiers aventuriers à Dakar, Tunis ou Nairobi. L’Afrique des affaires se contente encore trop d’investissements dans les secteurs conventionnels, nous l’avons dit. Cette autre Afrique, dont plusieurs vantent les milliards de dollars brassés chaque année, doit pourtant passer à la vitesse supérieure. Elle doit investir les champs de recherche et de développement technologique et industriel. Puisque les fonds nécessaires ne peuvent pas encore venir des investisseurs qui se risquent à débarquer sur le continent, souvent pour les mines et l’énergie, les États restent encore la seule source de financement conséquent.

Aujourd’hui, l’état des lieux du financement de la recherche dans les pays africains est alarmant. Un rapport sur l’étude sur « Les sciences en Afrique à l’aube du 21° siècle », dirigé par l’universitaire Roland Waast, établit le constat suivant :

Le continent, qui a une production modeste en matière de recherche, a perdu 25 % de sa capacité de contribution à la science mondiale au cours de la décennie 1990-2000. Les forces sont très inégalement réparties : un seul pays (l’Afrique du Sud) réalise environ 30% de la production continentale. Si l’on ajoute son suivant (l’Égypte), on atteint les 50%. Suivent 4 pays (Maroc, Tunisie, Nigeria, Kenya), qui comptent encore pour 25 % du total. Une cinquantaine de pays se partagent le quart restant : une dizaine disposent de milieux de spécialistes stables; une quinzaine peuvent compter sur des figures d’excellence ou sur de petits cénacles, fragiles et sensibles aux effets de coopération. Les autres sont de « tout petits pays scientifiques », aux résultats aléatoires. Et on notera que la capacité scientifique n’est pas strictement corrélée à la taille et à la richesse du pays.

Les zones géolinguistiques se distinguent par des profils de science spécifiques. En Afrique du Sud et du Nord, les sciences exactes et expérimentales (y compris sciences de l’ingénieur) sont largement dominantes (55 à 65%, moyenne mondiale : 49%). Les sciences médicales sont minorées (surtout en Afrique du Nord), et l’agriculture un peu au dessus de sa valeur mondiale. Dans le reste de l’Afrique, le profil est inverse. Les sciences « dures » ne pèsent que 20% à 30% de la production.

Au lieu de se vanter seulement d’avoir de dignes fils disséminés ça et là dans les grands centres de recherche à travers le monde, l’Afrique devrait donc se donner les moyens d’investir ces territoires et de retenir les meilleurs d’entre eux. L’économie du savoir a le mérite de ne pas exiger de ressources de la taille des industries lourdes qui font le socle de plusieurs économies. C’est un secteur de pointe qui requiert une vision et donne l’espace nécessaire aux créateurs. Puisqu’il est de bon ton de citer ce qui marche, la Cité du Multimédia de Montréal et toute la politique des nouvelles technologies du gouvernement du Québec sont là pour justifier la pertinence de l’introduction de l’État dans ces démarches. Plusieurs « success stories » en sont sorties.

Contrairement à ceux qui croient donc que le relèvement « national » de la recherche dans les sciences par le haut fera de l’État un acteur omnipotent, nous répondons que les meilleures révolutions sont collectives et c’est après que surgissent des individus qui font la différence, pour leur pays d’abord et pour la planète ensuite. C’est un peu cela, l’héritage américain dont ont pu bénéficier Steve Jobs et ses associés.

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